L'Autre Monde (II)

Publié le par Trøll

Et voilà la suite de l'article sur l'Autre Monde celte ;)

J'ai également rajouté la liste de mes sources si vous êtes intéressés par quelque lecture.

 


                 La descente dans l’Autre Monde du Héros

 


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a)      L’histoire de Bran Mac Febail

 

         Bran, fils de Febal et dont le nom signifie "Corbeau", est un héros qui fait connaissance avec l'Autre Monde. Son histoire est contenue dans un texte irlandais du Moyen Âge : Immram Brain Maic Febail ocus a echtra andso sis (La navigation de Bran, fils de Febal et ses aventures ci-après).

 Alors qu’il se repose à l’extérieur de son château, il entend un chant étrange qui lui vante les délices d’Emain Ablach, l’île des pommiers, célèbre île d’Avallon mentionnée dans les légendes arthuriennes. Il y règne neuf sœurs, toutes druidesses, parmi lesquelles Morgane la Fée (dont le Moyen Âge fera la demi-sœur d’Arthur). Bien qu’il soit entouré d’une nombreuse compagnie, Bran est le seul à entendre les vers de la messagère de l’Autre Monde. Ne pouvant résister à l’invitation magique, il se procure un bateau et s’en va avec « trois fois neuf » compagnons. Sur la mer, il est accueilli par Manannan Mac Lir. La première île que les compagnons abordent est occupée par des gens qui ne font que rire et ne leur prêtent aucune attention ; un des marins débarque, il est aussitôt pris d’un rire frénétique et refuse de remonter à bord. Après diverses aventures, ils approchent enfin de l’île des femmes (Tir na mBân). La reine lance un fil à Bran de façon à tirer le bateau, et tous débarquent. Toutes les femmes sont jeunes et magnifiques, chaque compagnon en choisit une, la reine se réservant comme de juste Bran. Ils vivent là plusieurs « mois » dans une félicité totale.

        Mais ils restent humains et l’ennui finit par les gagner : « Il leur sembla qu’ils étaient là depuis une année, mais ils y étaient depuis de nombreuses années. La nostalgie s’empara de l’un d’eux : Nechtan, fils de Collbran. Ils partirent et la femme leur dit qu’aucun d’entre eux ne devait toucher  terre, qu’ils devaient visiter et prendre avec eux leur compagnon, qu’ils avaient laissé dans l’île de joie. Ils partirent alors et arrivèrent à l’assemblée du ruisseau de Bran. On leur demanda qui était venu sur mer. Il dit « Je suis Bran fils de Febal. » - « Nous n’avons pas connaissance de lui, dit l’autre, c’est dans nos anciennes annales qu’il y a la navigation de Bran. » Nechtan sauta de la barque. A peine eut-il touché la terre d’Irlande qu’il tomba en cendres, comme s’il avait été en terre pendant de nombreuses centaines d’années » (Extrait de l’article « Quand les vivants voyagent chez les morts, la conception celtique de l’Autre Monde », du bimestriel  Religions & histoire.)

 

        Cette histoire m’a parue intéressante à évoquer car elle est représentative de l’imaginaire du Sid. L’Autre Monde est ici atteint par un moyen typique : la navigation. Il est représenté sous les traits d’une île fabuleuse, ou les femmes ne sont autres que des déités où Bran et son équipage vivent dans une intemporalité complète (ils tombent en poussière lorsqu’ils reviennent en Irlande).

 

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b)      Pwyll, chef d’Annwynn

 

         Son histoire se trouve dans Les quatre branches du Mabinogi (Pwyll, prince de Dyved, Le Mabinogi de Branwen, Manawydan fils de Llyr, Math fils de Mathonwy).  Pwyll (dont le nom signifie raison) était à la chasse dans le bois de Glynn Cuch. Galopant derrière ses chiens, il perdit ses compagnons. Soudain il entendit, venant à sa rencontre, les aboiements d’une autre meute. Il débouchait, à ce moment, dans une vaste clairière et il y aperçut un cerf qui fuyait devant une meute de chiens comme il n’en avait jamais vu de semblables, des chiens d’un blanc éclatant et lustré, aux oreilles rouges, d’un rouge aussi éclatant que leur blancheur. Ces chiens atteignirent le cerf et le terrassèrent. Pwyll se permit alors de les chasser et d’appeler sa propre monture à la curée. Alors survint, vêtu de gris et monté sur un grand cheval gris-de-fer, le propriétaire des chiens, qui lui reprocha sa conduite indigne. Honteux en confus, Pwyll lui présenta ses excuses et lui demanda comment il pourrait racheter son amitié. « Je suis Arawn, roi d’Annwynn, répondit le veneur.  Quelqu’un dont les domaines sont justes en face des miens me fait continuellement la guerre : c’est Hafgan, roi d’Annwynn. » On rappelle que le nom Annwynn signifie « abîme » et désigne souvent le royaume des morts.  Par la suite, Arawn et Pwyll procèdent à un échange : Pwyll devient le maître du royaume d’Annwynn et Arawan s’occupe du royaume de Dyvet. Pwyll doit « débarrasser » Arawn de son ennemi, ce qu’il parvint à faire en le blessant mortellement. La légende s’achève sur le fait que Pwyll regagne son royaume et le retrouve bien administré, sa prospérité est éclatante. Il révèle que cela est du à son ami le roi d’Annwynn. On le félicite d’avoir un tel ami, et en souvenir du succès de sa mission au royaume de l’Abîme, on cesse de l’appeler  Pwyll, prince de Dyvet, pour l’honorer du titre de Pwyll, chef d’Annwynn.


        Cette légende illustre encore une fois une descente vers l’Autre Monde, mais elle diffère de ce que nous avons pu rencontrer jusque là. Ici, il s’agit véritablement d’un échange de fonctions entre un personnage divin et un mortel qui a été puni. L’aspect de l’intemporalité ne semble pas présent. Cela est peut-être du à la sorte de contrat passé par Arawn, dieu de l’Abîme. Cette légende galloise m’a particulièrement plu dans la mesure où j’en ai trouvé une adaptation actuelle par la bande-dessinée.

 

 

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Petite bibliographie pour les curieux :

 

  • Ouvrages généraux

 

-          BREKILIEN Yann,  La mythologie celtique, éditions du Rocher, 1993

-          KRUTA Venceslas, Les celtes, histoire et dictionnaire, Bouquins, 2000

-          MARKALE Jean, Les celtes et la civilisation celtique, Payot, 1977

-          STERCKX Claude, Mythologie du monde Celte, Marabout, 2009

 

 

  • Ouvrages spécialisés

 

-          GUYONVARC’H Christian-J, LE ROUX Françoise, Les fêtes celtiques, Ouest-France, 1995

-          SJOESTEDT Marie-Louise, Dieux et Héros des Celtes, Terre de Brume, 1993

 

  • Articles

 

-          CHAMOUTON Chloé, Religions & histoire, « Quand les vivants voyagent chez les morts, la conception celtique de l’Autre Monde, n°30, janvier/février 2010, p.32 à 39

Publié dans Mythologie Celte

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