Le Mabinogi

Publié le par Trøll



Il est des recueils de conte dont on a ouï-dire et dont on voudrait absolument en lire le contenu. Le Mabinogi fut l’un de ceux-là. Si vous ne connaissez pas ce précieux recueil, je glisse sous ces quelques lignes des liens avec le texte (en plus ou moins jolies pages web ;) )

 

 Voir ici...

...Et là

 

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Le plus fameux recueil gallois est celui des Mabinogion, généralement présenté comme « les jeunesses de Galles », autrement dit : ce qu’il fallait que chaque apprenti ménestrel connaîsse. Il fait partie du Livre rouge d’Hergest (XIIIème siècle), dont presque tous les vers ont été perdus.
Ce livre contient également un pêle-mêle de 58 poèmes appelés le Livre de Taliesin, dans lequel on trouve les vers incidents d’un Roman de Taliesin qui n’est pas compris dans le Mabinogi. C’est à Lady Charlotte Guest que nous devons une des premières traductions de ce fragment.

 

  • Les manuscrits :

 

La collection de ce que Joseph Loth (à la suite de Lady Guest) appelait les Mabinogion est contenue dans deux manuscrits principaux, le Livre Blanc de Rhydderch et le Livre rouge de Hergest. Le Livre Rouge a été copié par plusieurs scribes entre 1380 et 1410 et paraît être postérieur d’une génération au Livre Blanc qui daterait d’environ 1350. Leurs textes sont très proches, et l’on est sûr que l’un des scribes du Livre Rouge a utilisé le Livre Blanc, au moins pour les révisions. Le Livre Rouge est un volume très important qui contient beaucoup d’autres textes en plus des Mabinogion, notamment un corpus de poésie.

 

  • Le terme de Mabinogi :

 

Depuis l’édition des Quatre Branche du Mabinogi par Ifor Williams, on admet que le terme de « Mabinogi » désignait exactement le cycle de quatre contes intitulés « Pwyll », « Branwen », « Manawydan » et « Math ». Le terme pose apparemment problème depuis un moment, et les chercheurs ont expérimentés toutes sortes d’hypothèses au sujet du terme. Jusqu’au début du XXème siècle, on a supposé que mabinog signifiait « apprenti barde », mais cette supposition n’a aucune véritable base solide. Dès le Moyen Âge, le mot a reçu un emploi de nom commun, avec le sens d’ « exploits d’enfance ». Dans la traduction de Pierre-Yves Lambert, ce dernier écrit : « Les contes gallois ici présentés sont donc de nature et d’origine diverses : on trouvera d’abord les Quatre Branches du Mabinogi, puis quelques contes reliés de près ou de loin à la légende d’Arthur ou à d’autres légendes royales. »

 

  • Les contes et les conteurs dans la société médiévale galloise :

 

Les contes qui ont été traduits ici sont désignés de différents noms : Cyfranc (« rencontre » ou « combat »), chwedl (« conte », « dit »), hystoria (« histoire »). Les différentes branches du Mabinogi  sont aussi qualifiées de Chwedl. Le conte se dit aussi Cyfarwyddyd, de cyfarwydd (le nom du « conteur ») : ce mot signifie « information, connaissance » et qualifie bien le conteur comme un guide, un instructeur. Comme en Irlande, c’était la classe des poètes gallois qui était chargée de garder en mémoire les contes traditionnels ; ce fait doit être expliqué, car il permet de comprendre la valeur sociale du conte, et son style plus aristocratique que populaire.

 

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Le Mabinogi :


la première branche du livre s’intitule « Pwyll ». Il est le personnage central mais c’est surtout le rôle même du roi qui est le sujet de ce conte. C’est une « légende royale », attachée à rappeler les origines d’une dynastie (les Princes de Dyved). C’est aussi un mythe fondateur, qui a pour but de rappeler au prince et à ses sujets quels sont les principes de conduite à respecter. Dans les deux premiers épisodes, Pwyll est opposé au roi de l’autre monde, Arawn, puis à une cavalière surnaturelle, Rhiannon, qui deviendra son épouse.


Branwen : la deuxième branche du Mabinogi est centrée autour du thème des « relations étrangères », à savoir la guerre et la paix  avec les pays d’outre-mer, essentiellement l’Irlande. Au début du conte se produit l’union entre Branwen, sœur du roi Bran-le-Béni et Matholwch roi d’Irlande. C’est une union bien fragile ; on ne compte pas les souffrances, les pièges et les massacres gratuits qui peuplent ce conte. La portée morale en est la suivante : défiance envers les étrangers, illustrer le triste destin des princesses unies à des rois étrangers, ainsi que le sort hasardeux et catastrophique qui mène toute entreprise militaire. Je rajoute ici une petite note au sujet du nom de Bran-le-Béni (parce que tout ce qui tourne autour du nom « Bran » éveille ma curiosité !) : ce géant que ne peut contenir aucun navire, aucune maison, porte le nom du corbeau (le grand corbeau, Corvus Corax), un animal qui, dans le monde celtique, incarne la divinité de la guerre, car il se repaît du sang des guerriers morts au combat.


Manawydan fils de Llyr ; ce sont des questions matérielles qui préoccupent le héros, à savoir : se trouver un toit et une terre (avec la terre, il recevra la main de Rhiannon). Cette troisième branche pourrait illustrer le fonctionnement de la troisième fonction dumézilienne (dans sa démonstration tripartite sur le fonctionnement des sociétés indo-européennes).


Math fils de Mathonwy : le conte s’organise en quelque sorte autour de deux couples oncle-neveu. C’est i mabinogion rhiannonl’antagonisme de deux magiciens, le roi Math et son neveu Gwydion (caractérisé comme le meilleur conteur). C’est ensuite la relation initiatique et formatrice entre Gwydion et son nevey Lleu. La première partie conte la rébellion des deux neveux de Math, Gwydion et Gilvaethwy. Pour permettre à son frère de satisfaire ses instincts, c’est-à-dire de posséder la demoiselle que protège le roi Math, Gwydion provoque une guerre avec le royaume de Pryderi, de façon à éloigner le roi de sa cour. La magie est mise au service des désirs brutaux du personnage.

 

L’ouvrage contient également une section intitulée « Les autres contes », ceux de Kulhwch et Olwen, Le songe de Maxen, Le conte de Lludd et de Lleuelys et le songe de Rhonabwy. On trouve aussi les « Trois romans », Owein ou le conte de la dame à la fontaine, L’histoire de Peredur fils d’Evrawc et le Conte de Gereint fils d’Erbin. Je n’ai pas encore lu tous ces contes !
En revanche, il contient aussi la fameuse Histoire de Taliesin dont je vous parlerai dans mon prochain article. Bonne lecture et bon voyage en terres gaëliques !

 

 

  • Sources:

- Les mythes celtes, la Déesse blanche de Robert Graves

- Les Quatre Branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge de P-Y Lambert

Publié dans Bouquins

Commenter cet article

lemelomane 06/12/2016 01:08

Bonsoir !
Je suis à la recherche du Livre de Taliesin en français moderne.

Une édition existe-t-elle ?

Merci de votre attention.

Battroll 06/03/2011 15:38


Et même pas un merci pour les bouquins ? Quelle ingratitude! :p
Sinon c'est très très très intéressant tout ça dis donc, tu as bien travaillé :)

Bientôt un article sur le Arthur de Cornwell et le rapport entre civilisation celtique et roman historique ? :)